longe

LE TRAVAIL A LA LONGE

Travail à la longe et éducation du cheval 

Indissociable du travail monté, le précédant toujours dans la chronologie de l’éducation du cheval, premier élément de la prise d’influence de l’homme sur le cheval, le travail à la longe est cependant trop souvent négligé par beaucoup de cavaliers, essentiellement parce que les enseignants n’ont pas su expliquer ce qu’est réellement ce type de travail. 

De plus, l’importance du travail à la longe a de nombreux avantages, trop rarement mis en avant : 

  • travail hors le poids du cavalier, la longe permet d’échauffer le cheval et de le muscler, ce qui lui permettra ensuite de conserver plus facilement le naturel de ses allures sous le poids du cavalier, qu’il acceptera plus aisément. 
  • dans la mesure où le cavalier peut suivre les évolutions de son cheval, il peut étudier tous les détails de ses déplacements ; il pourra ainsi dans un premier temps corriger les défauts de rectitude et ensuite mieux se rendre compte, mieux comprendre et mieux reproduire dans sa pensée les mouvements de son cheval, pour ensuite plus facilement les corriger si nécessaire et les améliorer. 
  • La longe peut remplacer une séance de travail, peut la précéder ; ce peut être aussi une séance récréative. 
  • Bien évidemment, la longe peut s’appliquer aussi bien pour un travail sur le plat que pour une séance d’obstacles. 
  • Et enfin le travail à la longe est un passage obligé pour la découverte du travail à pied. 

    1/ Préparation du travail à la longe : 

    Le travail à la longe demande un cheval qui réponde correctement à la voix : il faut donc l’y exercer ; c’est dès les premiers pas au licol que l’on va apprendre au cheval à répondre à la voix. 

    Les mots employés, l’intonation utilisée devront être en permanence les mêmes : OH pour arrêter, ohoh pour ralentir, au pas, au trot ; ces demandes pour passer à l’allure inférieure doivent être faites avec une voix douce et chaque syllabe doit être prolongée. Au contraire, les ordres pour passer à l’allure supérieure- MARCHE, TROTTE, GALOPE, doivent se donner d’une manière sèche, à voix forte, tel le claquement d’un fouet. 
    Bien sûr, au licol, les seuls ordres qu’apprendra le cheval seront OH, ohoh, marche. 
    Le cheval devra être habitué à être conduit au licol aussi bien à main gauche qu’à main droite. 

    2/ Le matériel du longeur : 

    La longe doit mesurer une dizaine de mètres ; sa nature est fonction du cavalier et plus particulièrement de la taille de sa main ( trop grosse, elle aura du mal à être bien tenue une fois pliée correctement) ; personnellement, j’utilise une cordelette d’alpinisme, plus fine, donc tenant plus facilement en main ; une des extrémités se compose d’une boucle qui permettra une bonne prise lorsque la longe sera totalement dépliée ; à l’autre extrémité sera installé un mousqueton, auquel sera rattachée une boucle réglable en cuir : selon l’endroit où elle sera fixée sur le cheval, on choisira l’une ou l’autre( le choix sera fonction du degré d’avancement dans l’éducation du cheval, et du matériel utilisé : caveçon ou filet. Sur le caveçon, on utilisera le mousqueton, ainsi que sur le filet lorsque l’on met la longe en enrênement Colbert ; la boucle sera utilisée pour fixer la longe sur la muserolle.) 

    Le longeur devra aussi avoir en sa possession une chambrière : celle-ci sera les jambes du cavalier, la longe en sera la main. 

    Afin d’éviter tout risque de brûlure au cas où le cheval tirerait d’un seul coup sur la longe, le cavalier aura toujours des gants pour tourner son cheval en longe. 

    Ne pas mettre d’éperons à la longe.( risque de prise de longe si mauvaise tenue de celle-ci)

3/ Emploi du matériel : 

La longe est pliée dans la main opposée à celle du côté où tourne le cheval( ce sera le point fixe de la longe) par des plis qui se superposent ; la longe est tenue dans l’autre main, à la manière d’une rêne ; ce sera cette main qui agira sur le cheval. 

La chambrière est tenue en étant toujours orientée vers les jarrets du cheval, pointe vers le bas ; le longeur, lorsqu’il aura besoin de s’en servir, fera des mouvements verticaux plus ou moins amples selon la réponse du cheval ; il pourra éventuellement aller le toucher avec la pointe du fouet en tout point de son choix si besoin est. 

Elle sera dirigée vers l’épaule si le cheval a tendance à tomber sur l’épaule intérieure ou lorsque le longeur décide de déplacer son cercle, afin de faire marcher le cheval sur la ligne droite. 

Le cheval ne doit pas craindre la chambrière : pour cela, le cheval étant arrêté, passer la chambrière sur le corps du cheval, de l’encolure à la croupe, en veillant à l’immobilité du cheval. 

Le caveçon sera utilisé aux débuts du travail du cheval lors de la phase de débourrage ; lorsque le cheval acceptera le contact du mors, il sera possible d’utiliser la longe sur le filet, en méthode Colbert : la longe passe dans l’anneau du mors intérieur, au- dessus de la nuque et se fixe sur l’anneau extérieur du mors. ATTENTION ! cette méthode demande d’avoir une main très douce et un cheval qui ne tire pas à la longe : les réactions au niveau de la bouche du cheval seraient violentes ; l’idéal est de fixer la longe sur la muserolle. 

4/ Emplacement du longeur : 

Le cavalier doit être en permanence au niveau des hanches du cheval, de façon à pouvoir toujours l’avoir devant soi et l’envoyer en avant ; Il doit tenir dans la main extérieure la longe pliée et dans la main intérieure la longe en rapport direct avec le cheval. 

Il a l’épaule extérieure dans le prolongement de la chambrière, elle-même dirigée vers le jarret intérieur du cheval, les deux épaules parallèles à celles du cheval. 

La longe, le cavalier et la chambrière doivent former les deux branches d’un V, plus ou moins écartées selon le diamètre du cercle sur lequel évolue le cheval, la main intérieure du longeur en relation avec la tête du cheval étant le point de contact des deux branches, la longe une de ces branches, le longeur et la chambrière en étant la deuxième.. 

En déplacement, le cavalier doit toujours être en accord avec son cheval, se déplacer avec lui dans le même sens ; il doit comme le cheval effectuer un cercle plus grand avec son pied extérieur, en pivotant plus ou moins autour de son pied intérieur. 

Il peut être amené à se porter au niveau de l’épaule du cheval lorsqu’il s’agit de marcher sur la ligne droite. 

Lorsque le cavalier veut changer de main, il doit d’abord veiller à arrêter le cheval droit sur le cercle ; ensuite, il doit se diriger vers sa tête franchement, mais doucement. Il doit, si nécessaire, inverser la fixation du matériel au niveau de la tête du cheval ; puis, en veillant toujours à bouger avec douceur, il changera de côté en passant devant la tête du cheval, se remettra en place par rapport aux hanches après avoir pris la chambrière dans la bonne main et demandera un départ droit. 

Il doit toujours être attentif au travail des postérieurs du cheval : c’est ce qui fait toute l’équitation, l’avant- main n’étant que l’expression du mouvement en avant et de l’engagement des postérieurs. 

Cela étant correctement obtenu, on pourra mettre le cheval en liberté pour qu’il décompresse ; le jeu doit toujours faire partie du travail, avant, pendant, ou après. 

5/ Les premiers pas à la longe : 

Le cheval est préparé avec le caveçon ; le longeur a sa longe correctement pliée et la chambrière dans la main ; le cheval est immobile au milieu du manège ; le longeur est à la tête du cheval ; pas à pas, il se déplace le long du corps du cheval en le caressant sur l’encolure, sur les flancs, sur la croupe et en lui parlant d’une voix douce et rassurante ; le cheval doit rester immobile tout le temps du déplacement du cavalier ; arrivé au niveau des jarrets du cheval, le cavalier donne l’ordre à son cheval de se porter en avant : celui-ci doit partir droit devant lui, le longeur laissant progressivement la longe s’allonger ; puis, le cheval est mis sur le cercle. 

Il peut être intéressant dès le début d’alterner la ligne droite, la mise sur le cercle et à nouveau la ligne droite. 

Il est possible que pour ces premières séances, deux personnes soient nécessaires : le cheval ayant une très bonne mémoire, il est impératif que tout se passe bien durant les premiers pas. Le longeur sera à sa place et la 2e personne à la tête du cheval, attendant les ordres du longeur pour accompagner le cheval dans son mouvement. 

Le cheval étant sur le cercle, on lui demandera de s’arrêter et de repartir en avant ; le cheval doit s’arrêter sur le cercle et repartir droit. 

On répètera l’exercice jusqu’à ce que le cheval le fasse le plus correctement possible, avant de l’exécuter à l’autre main.

6/ Progession du travail à la longe : 

Les séances suivantes permettront de confirmer le premier travail vu au pas et de l’aborder au trot. 
Il faut toujours veiller à ce que le cheval parte droit et s’arrête sur son cercle ; ces impératifs sont nécessaires pour que le cheval reste au bout de sa longe qui doit être moelleusement tendue, sans que le cheval exerce une force vers lui. 

Il sera temps d’étudier le comportement du cheval sur le cercle, afin de mettre en évidence sa dissymétrie : à une main le cheval tendra exagérément sa longe, avec les hanches à l’intérieur du cercle et poussant vers l’extérieur, le bout du nez trop à l’intérieur, les épaules vers l’extérieur du cercle : le cheval prend facilement une incurvation trop prononcée. 
A l’opposé, à l’autre main, le cheval a les hanches qui partent à l’extérieur, il détend sa longe, les épaules tombent à l’intérieur, le bout du nez hors du cercle. 
Nota : ceci est le schéma théorique, mais souvent vérifié ; il est donc bon d’avoir un œil vigilant pour bien définir la dissymétrie que présente le cheval et ses expressions. 

Remettre le cheval droit sur son cercle va être maintenant l’objet de toutes les attentions du cavalier, en plus de la confirmation des changements d’allures, montants et descendants. 
A la main à laquelle le cheval s’incurve exagérément, on veillera à travailler sur des cercles un peu petits, à des allures actives( mais sans précipitation), en exerçant une traction sur la longe lors du lever du postérieur intérieur, dans le but de mettre ce même postérieur sur le cercle et d’amener le cheval à diminuer la tension qu’il exerce sur la longe. Il faut agir avec modération, de façon à ce que le cheval n’ait pas les hanches qui dérapent à l’extérieur et qu’il n’amplifie pas l’incurvation de son encolure. 
A l’autre main, on veillera à travailler à une cadence lente, sur de très grands cercles, en dirigeant souvent la chambrière vers les épaules du cheval, en alternant des marchers droits et des mises en cercle, le cheval trouvant ainsi progressivement une incurvation correcte. 

On s’intéressera progressivement de plus en plus aux transitions rapprochées, en cherchant à ce qu’elles soient nettes et moelleuses, sans que le cheval ne perde ni cadence, ni mouvement en avant. Au départ, le cheval doit trouver lui-même la cadence dans laquelle il travaillera décontracté ; ce n’est qu’ensuite que le mouvement en avant et des allures actives seront demandées au cheval. 
Transitions entre les allures, puis transitions dans les allures( ralentissement, puis allongement) en veillant à l’engagement des postérieurs, se suivront chronologiquement. 

En même temps, on travaillera les rétrécissements et agrandissements de cercle, en recherchant le maintien de la cadence et les cessions de mâchoires et de nuque, suivies d’une élongation musculaire(petites tractions sur la longe en accord avec le soutien du postérieur intérieur), aux trois allures, en veillant à ne pas abuser du galop. 
Les départs au galop sont demandés au départ à partir d’un trot cadencé, puis du pas et même de l’arrêt. 
La cession de nuque sera confirmée par des exercices de mobilisation de hanches vers l’extérieur. 

Le travail à la longe peut aussi être utilisé pour des séances à l’obstacle : on recherche le calme et la décontraction du cheval à l’abord et le travail du geste( arrondissement du cheval de la tête à la queue au- dessus de la barre) par allongement des masses musculaires. 
On travaille sur des obstacles avec ou sans barre d’appel. 
Au début, il est bon que l’obstacle soit encadré. 
Il faut veiller à utiliser des chandeliers télescopiques, afin que la longe ne risque pas de se prendre dans le chandelier. 
Il faut que le longeur veille à laisser coulisser la longe lorsque le cheval saute afin qu’il bénéficie de toute sa liberté d’encolure. Il doit aussi être attentif à ne pas passer devant son cheval : au niveau des hanches pour l’emmener vers l’obstacle, il se place au niveau des épaules dans les dernières foulées pour que le cheval vienne droit sur la barre. 

Le travail à la longe peut être « complémenté » par le travail à pied et aux longues rênes. 

Correctement exécuté, pratiqué régulièrement, le travail à la longe permet d’obtenir de son cheval une collaboration beaucoup plus grande, une plus grande décontraction morale et physique, une musculation beaucoup plus rapide et une plus grande facilité pour accepter le cavalier. Il participe ainsi à l’augmentation de la longévité de son cheval au travail.

Notes complémentaires : 

Pour arrêter son cheval sur le cercle, le cavalier doit pivoter vers l’arrière et diriger son épaule intérieure vers la tête du cheval ( il ferme ainsi le couloir du cheval). 

Nous savons tous que le cheval, au même titre que les autres êtres vivants, présente une dissymétrie dans sa souplesse latérale ; la corriger est un des buts de la gymnastique équestre ; l’étude du déplacement du cheval sur le cercle permet de la mettre en évidence. Cette dissymétrie se traduit par une élongation aisée des masses musculaires d’un côté, ce qui permet au cheval de s’incurver facilement du côté opposé : un cheval souple dans ses masses musculaires droites aura ainsi de plus grandes facilités pour s’incurver à gauche ; lorsque l’on dit qu’un cheval est raide à gauche, ce sont en fait ses masses musculaires droites qui ne veulent pas se délier et ce sont elles qu’il va falloir travailler dans la décontraction. 
C’est à partir de l’observation du jeune cheval libre sur le cercle que l’on va mettre en évidence la dissymétrie : par exemple, un cheval, naturellement incurvé à gauche, auquel on demande de tourner à main droite va avoir tendance à rétrécir en permanence le cercle :il échappe les hanches vers l’extérieur du cercle en se désengageant, il amène le bout du nez à gauche en tombant sur l’épaule droite ; tout cela traduit une plus grande facilité dans l’allongement des masses musculaires droites( le cheval est donc plus souple à main gauche) ; à l’autre main et à l’opposé le cheval cherche en permanence à agrandir le cercle : ses hanches sont à l’intérieur du cercle, poussent l’épaule droite vers l’extérieur et le cheval ramène exagérément son bout du nez à l’intérieur du cercle, en « cassant » son encolure. 

Corriger le cheval et chercher à le symétriser consistera donc à l’amener à se déplacer également aux deux mains sur le cercle ; à main droite, il faudra travailler sur de grands cercles à allures assez lentes ( pour que la force centrifuge n’invite pas les hanches à échapper encore plus vers l’extérieur) et régulièrement déplacer le cheval sur la ligne droite, pour ne pas le laisser tomber sur l’épaule intérieure ; tout en ayant les épaules orientées vers le cheval, le longeur se rapprochera un peu des épaules, en pointant ,si besoin est, la chambrière vers l’épaule. 
A main gauche, il faudra au contraire travailler sur des cercles plus petits, à des allures plus actives, afin que la force centrifuge invite le postérieur gauche à venir un peu plus sous la masse ; le longeur pourra aider en tendant un peu la longe au moment du lever du postérieur intérieur ; le bras gauche s’étendra vers l’avant pour que le cheval ne ramène pas exagérément le bout du nez à l’intérieur du cercle. 
Parallèlement à cela, nous allons mettre en place des exercices d’assouplissement qui vont permettre de muscler le cheval en le faisant travailler dans l’allongement des masses musculaires. Ces exercices vont avoir pour base les mobilisations de hanches. Ces exercices vont être aussi un moyen pour éduquer le cheval à la jambe de position. 
Le cavalier tient sa longe dans la main intérieure près de la tête du cheval ; il marche au niveau de l’épaule, en regardant dans la direction du déplacement ; lorsqu’il veut agir sur les hanches du cheval, il commence par pivoter vers l’arrière-main, pose sa main extérieure sur le flanc et exerce une pression vers l’extérieur au moment où le cheval lève son postérieur intérieur ; dès que ce membre se déplace légèrement latéralement, cesser la demande et renvoyer le cheval sur un grand cercle, en se replaçant comme au départ au niveau de l’épaule. Au départ, on demande juste un déplacement latéral, mais il faut rapidement obtenir que ce mouvement soit la résultante du déplacement vers l’avant et sur le côté. 
Le cheval se rendra très vite compte que pour exécuter cet exercice sans trop d’effort, il lui faut alléger son arrière-main : et le meilleur moyen naturel dont il dispose consiste à effectuer un report de poids vers l’avant-main ; et, pour ce faire, il lui suffira d’étendre son encolure vers l’avant ; engagement du postérieur, donc allongement des muscles antagonistes de la flexion du postérieur, et allongement des muscles de l’encolure permettront d’obtenir tension et musculation du dos. 
Ce travail sera à intercaler avec des exercices d’agrandissement de cercles au pas et au trot, ainsi que par du travail de transitions d’allures et entre les allures ; dès que le cheval commence à avoir un trot régulier, on pourra travailler les départs au galop : les demander au moment où l’on rejoint la piste, en plaçant son cercle dans un coin, en utilisant voix et chambrière. Dans le cadre du travail, ne demander que des départs ; ne garder le galop que comme travail de détente. 
Régulièrement, il pourra être proposé au cheval des séances d’obstacles à la longe ; ce, toujours dans le but de travailler musculation du cheval(en recherchant un saut rond, on travaille élongation musculaire et tension du dos) et poussée énergique des postérieurs (essentiel pour l’impulsion et l’équilibre sous la selle).Pour ce faire, aborder l’obstacle à allure lente et idéalement au pas. 
Le travail bien sûr sera varié, de façon à ne pas présenter au cheval tous les jours les mêmes choses, afin qu’il garde sa fraîcheur, afin de ne pas perturber sa croissance qui n’est pas terminée et afin de lui laisser assimiler ce qu’on lui apprend. 

La recherche de l’allongement musculaire et de la descente d’encolure doit s’entendre comme une encolure qui vient dans le prolongement de la ligne du dos : le cheval doit se soutenir et non pas aller le nez au sol. 

Yves Katz, 2003

http://www.1cheval.com/magazines/magazine-equitation/travail-longe/index.htm

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