LES MORS



Un peu d'histoire

Le mors de filet existe depuis 1800 ans avant J.C.. Ce sont les Phéniciens qui en l'an 1000 avant J.C ont importé le mors filet en Europe. Ce mors était généralement en bronze droit et sans brisure. C'est en 750 avant J.C. que le mors en fer fit son apparition. On y ajouta le plus souvent à l'articulation du canon de petits fragments de chaînes ou de billes qui avaient pour effet d'activer la salivation et de rendre le mors plus supportable. Ces sortes de jouets sont utilisées de nos jours pour faciliter la décontraction. Les premiers mors en bronze avec canons à passage de langue et anneau sur l'œil porte bride pour double actions datent de l'ère chrétienne. 

C'est Athila en 451 qui, dans sa fuite vers le Nord, laissa des modèles de mors à canons doubles dont les francs s'inspirèrent des innovations. 

En 1470, un mors de bride à 2 canons avec branches armées de pointes évitait que les fantassins attrapent le mors pour déséquilibrer le cavalier. C'est au 16ième siècle que les premiers mors à canon creux et brisé avec bossette firent leur apparition grâce à Mr De Connétable (Premier officier de la maison du roi). Puis il y eut le fameux mors avec des branches de 30 cm conçu par Grisonne et Pignatelli. Au 17ième siècles les mors se sont améliorés, ils étaient plus légers et plus ajustés à la bouche des chevaux de l'époque. Plus équilibrés, les canons étaient droits (à pas d'âne ou au passage de langue brisés ou à gorge de pigeon).

Photo Michel-Hervé Lucarotti
Les mors n'ont guère changé jusqu'à l'époque où le grand Baucher créa son fameux filet et donna les critères du mors idéal. Mors Saumur ou mors à pompe, la variation de ces mors n'a guère changé. Le règlement des concours internationaux ne veut pas entendre parler d'un mors adapté à chaque cheval et cela est une grossière erreur. 

En effet, il faut ajuster un mors selon la structure de la bouche du cheval ; les branches selon les proportions de son encolure et la gourmette suivant la sensibilité de la barbe. 

La science de l'équitation réside dans l'adresse à saisir les moments favorables d'agir, de punir, de récompenser et d'indiquer. Pour cela, il faut un mors doux qui puisse se prêter à tous les mouvements d'une main habile. Si le cavalier saisit bien l'action du mors, il sait en graduer les effets. 

Les mains agissent par l'intermédiaire des rênes prolongées par l'embouchure du mors et du filet. Les rênes réalisent l'union " bouche du cheval - main du cavalier ". L'action des mains modifie les incurvations sagittales (en forme de fléche) ou horizontales de l'encolure avec une répercussion de celle-ci sur le dos et les reins. Les mouvements du dos et du rein ont un effet prédominant dans les ralentissements ou accélérations de l'allure. Dans les changements de direction, l'action des rênes est proportionnelle à leur emprise sur l'incurvation du dos/rein. Il y a une action des jambes et des mains en même temps donc une égale destruction des forces et un arrêt du cheval en un quart de seconde. 

Le mors est un instrument de force. Il est le seul lien direct que le cavalier ait avec son cheval. Le mors par l'effet de rênes a une répercussion sur la tige vertébrale car la mâchoire inférieure s'unit au crâne par les deux articulations temporo maxillaires. Un cheval mal dans sa bouche peut avoir des contractions dans tout le dos par les petits latéraux, grands obliques de la tête, petits droits de la tête, complexus, trapèzes… 

Tous ces muscles correspondent à l'arrière main et comme un cheval donne la bouche avant les hanches, il vaut mieux être juste sur le devant. Certains pensent que les barres et la commissure des lèvres sont les seules sensibilités de la bouche du cheval. Mais cela simplifie et donc fausse la réalité.
n exemple, H. Lucarotti comparait la bouche du cheval (le bout du devant) à une alimentation électrique ; le cavalier à un interrupteur et l'arrière main du cheval au moteur. 

Si par le canal des rênes il y a un mauvais branchement : sur le devant " mors " il n'y aura pas d'alimentation. Si de plus l'interrupteur " cavalier " est défectueux, le courant n'alimentera pas le moteur " arrière-main ". 

Il y a 5 courants de sensibilités dans la bouche du cheval : 

1) Les barres 
2) La langue 
3) Le palais 
4) L'auge 
5) La commissure des lèvres 

Contrairement à ce que pensent beaucoup de cavaliers, la commissure des lèvres ne présente pas de sensibilité ou très peu. 

Les barres du cheval se composent de cartilage et de chairs. Certains chevaux sont plus sensibles que d'autres selon l'épaisseur de celles-ci. C'est la partie de la bouche du cheval la moins sensible. Mais en orthopédie, c'est une partie importante. En effet, si un cheval a les barres épaisses et pas sensibles, il faut provoquer la sensibilité en adaptant des mors à gros canons recouvert de caoutchouc ou téflon en 25 mm de diam. Ces 2 matériaux ont pour particularité d'avoir : 

1) un contact doux et chaud 
2) préserver la sensibilité des barres 
3) avantageer la décontraction de la bouche 

Faites une expérience avant de monter à cheval : trempez votre mors en acier dans de l'eau très chaude pendant quelques minutes à vous gagnerez 15 minutes de travail ! 

Certains mors avec des canons de cuivre et d'inox peuvent aussi être recommandables. Les trois matériaux présents (Le cuivre, l'acier inoxydable et le chrome) avec la salive dégagent une réaction en chaîne qui produit de l'électrolyse et fait " bavarder " le cheval. Le passage de langue sera plus ou moins prononcé selon la profondeur du canal lingual sans trop toucher le palais. Ces mors à gros canons peuvent avoir un inconvénient pour les néophytes: le cheval trouvant un appui confortable sur le devant risque de passer par-dessus la main et tomber sur les épaules. Donc il faut beaucoup de jambes : prendre et rendre ! 

Il est très important aussi de savoir prendre la dimension exacte de l'intérieur de la bouche du cheval pour le choix d'un canon adapté. Il ne faut pas confondre la largueur de la bouche en partant des deux extrémités de la commissure des lèvres et la largueur entre les deux barres. Un cheval peut avoir des lèvres très épaisses et une petite bouche intérieure. 

La langue est le dernier point sensible à solliciter. Il est important d'avoir un mors adapté à la bouche de son cheval. En effet, si un cheval a le canal lingual plat comme beaucoup de chevaux actuels, il faut lui laisser la langue libre, sinon il essaie en permanence de passer celle-ci par-dessus le pont. 

L'auge est aussi une partie sensible. Il faut selon les chevaux adapter une gourmette plate ou un étui en caoutchouc pour protéger les nerfs mandibulaires. En effet une exostose risque de se provoquer et ne jamais guérir. 

Le palais est aussi un point sensible. Le pont du mors doit être lisse et bien arrondi ou plat sur le dessus. Cette sensibilité peut être sollicitée par le réglage de la gourmette et de la muserolle. Le cheval aura tendance à ouvrir la bouche. Ce n'est pas joli mais il faut mieux un cheval qui " boit " bien son mors avec une bouche ouverte et qui bavarde qu'un cheval avec une bouche fermée, froide et muette. 

En conclusion, le plus important en équitation est de rechercher la décontraction de la mâchoire dès le début. Le cheval n'engagera pas son arrière-main tant qu'il n'aura pas cédé sur le devant. 

Michel-Hervé Lucarotti spécialiste de l'orthopédie et la sensibilité de la bouche du cheval depuis une trentaine d'année.

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